Activités et dépenses du ministère de l'Environnement


Un siècle de contamination 

Située à l'intersection du Bouclier canadien et des Basses terres des Grands Lacs, à quelque 200 kilomètres au sud-ouest d'Ottawa et à 65 kilomètres à l'est de Peterborough, le district minier Deloro est riche en gisements minéraux. C'est en 1866 qu'on y a découvert de l'or - le nom Deloro est dérivé du mot espagnol signifiant or - et moins de cinq ans plus tard, nombre de puits avaient été creusés et d'installations d'affinage, construites. L'extraction de l'or n'était pas chose facile. Le minerai aurifère était lié à de l'arsenic, un sous-produit potentiellement dangereux.

Au début des années 1900, les mines d'or fermèrent et le site continua d'être exploité pour le traitement de minerais d'argent et de cobalt en provenance des mines du nord de l'Ontario. Puis, dans les années 1930, 1940 et 1950 on y transportait du minerai non affiné de Eldorado Nuclear Limited, à Port Hope, afin d'y subir d'autres opérations d'affinage en vue d'en extraire le cobalt. En fait, l'usine Deloro est la toute première au monde à avoir commencé la production commerciale de cobalt; elle est aussi devenue un important producteur de stellite, un alliage de cobalt-chrome-tungstène hautement prisé durant les années de guerre. Des minerais en provenance des quatre coins du monde ont été traités dans le four de fusion Deloro. Par ailleurs, on y fabriquait des pesticides à partir des sous-produits d'arsenic issus des opérations de fusion, une importante activité qui s'est poursuivie au site jusqu'à ce que l'on remplace ces produits par des pesticides organiques à la fin des années 1950.

À la clôture des opérations d'extraction minière et d'affinage, près d'un siècle de sous-produits et résidus dangereux - un mélange complexe de composés toxiques, de métaux lourds et de déchets radioactifs de faible activité - demeuraient sur le site. Les premiers efforts d'assainissement ont alors mis également à jour l'ampleur de la contamination du sol, des eaux superficielles et des eaux souterraines du site.


Le ministère entre en scène 

Créé en 1973, le ministère de l'Environnement s'est particulièrement intéressé au site minier Deloro vers la fin des années 1970. Ainsi, en 1978, conformément à la Loi sur la protection de l'environnement, le ministère a rendu une ordonnance afin d'obliger le propriétaire du bien foncier, Erickson Construction Company Limited, à prendre les mesures nécessaires à l'élimination des rejets d'arsenic dans la rivière Moira avoisinante. L'entreprise exploitait une station d'épuration qui réduisait l'acidité des eaux usées rejetées hors site, mais pratiquement rien n'avait été entrepris pour diminuer le volume d'arsenic déversé dans la rivière. Erickson Construction ne put se conformer aux conditions de l'ordonnance du ministère et, en 1979, déclara un manque de fonds d'exploitation. À la suite de quoi, une ordonnance a intimé l'entreprise de cesser ses opérations se répercutant sur l'environnement. Celle-ci a alors abandonné le site et le ministère a pris le contrôle du bien foncier en tant que responsable de l'assainissement de dernier recours.

À la clôture des opérations d'extraction minière et d'affinage, près d'un siècle de sous-produits et résidus dangereux - un mélange complexe de composés toxiques, de métaux lourds et de déchets radioactifs de faible activité - demeuraient sur le site. Les premiers efforts d'assainissement ont alors mis également à jour l'ampleur de la contamination du sol, des eaux superficielles et des eaux souterraines du site.


Résolution des préoccupations immédiates 

Élimination de l'écoulement d'arsenic dans la rivière Moira

En assumant le contrôle du site, il fallait que le ministère pare au plus pressant, à savoir l'écoulement d'arsenic dans la rivière Moira et la menace potentielle que cette pollution constituait pour l'environnement et les localités en aval. L'objectif consistait à éliminer les sources immédiates de contamination, et à réduire le ruissellement dans la rivière Moira. Le ministère s'est tout d'abord appliqué à moderniser la station d'épuration des eaux usées. Des plans ont été créés pour la mise sur pied d'une nouvelle usine de traitement d'arsenic et, en 1983, les installations de collecte, stockage et traitement fonctionnaient à plein régime. Puis, d'autres postes de pompage ont été installés en 1984 et 1985 afin de collecter les eaux souterraines d'autres régions contaminées. Aujourd'hui, les installations de confinement et de collecte du lixiviat mises sur pied par le ministère sont exploitées à contrat par l'Agence ontarienne des eaux.

Démolition des bâtiments contaminés

Le ministère s'est également attaqué à d'autres importantes sources d'arsenic sur le site. Ainsi, divers bâtiments industriels contaminés ont été démolis, qui avaient servi à la collecte et au traitement de l'arsenic à l'époque des fours de fusion. Et les zones où se trouvaient ces structures ont ensuite été renivelées et ensemencées.

Recouvrement des résidus de boues rouges

Huit hectares de résidus de boues rouges - sous-produit contaminé par l'arsenic, résultant du processus de fusion - ont été recouverts sur 0,5 mètre d'environ 76 000 tonnes de roche calcaire concassée, afin d'exclure toute abrasion éolienne et toute érosion par les eaux de ruissellement, de rehausser le pH des résidus, et de stabiliser aussi les digues de retenue.

Surveillance de la qualité de l'eau superficielle et souterraine

Un réseau important d'échantillonnage a été mis sur pied afin de contrôler la qualité des eaux superficielles et souterraines au site Deloro. Ainsi, diverses stations le long de la rivière Moira et de la crique Young procurent des renseignements sur les eaux superficielles, tandis que des puits de contrôle éparpillés sur le site permettent d'évaluer la contamination des eaux souterraines. Tout dépendant de l'emplacement de la station d'échantillonnage, des prélèvements sont effectués à intervalles horaires, quotidiens, hebdomadaires, mensuels ou trimestriels. À son entrée comme à sa sortie de la station de traitement, l'eau fait donc l'objet d'une surveillance continue.

Les travaux de surveillance continue révèlent que les concentrations d'arsenic dans la rivière Moira ont considérablement baissé depuis la prise de contrôle du site par le ministère. En 1979, la quantité moyenne annuelle d'arsenic rejeté dans la rivière s'élevait à 52,1 kilogrammes par jour. Mais depuis la mise en service de l'usine de traitement d'arsenic en 1983, la décharge d'arsenic dans la rivière a baissé de plus de 80 %, ce qui correspond à une quantité moyenne de rejets inférieure à 10 kilogrammes par jour.


Élaboration de la stratégie d'assainissement 

Au site minier Deloro, le ministère devait poursuivre les travaux en cours. L'usine de traitement de l'arsenic améliorait certes la situation, mais beaucoup restait à accomplir. En 1992, une stratégie d'assainissement en plusieurs étapes a été élaborée, qui allait devenir le plan d'action autour duquel s'articuleraient les travaux finals d'assainissement et de remise en état du site.

Cette stratégie a ciblé divers secteurs du site (mine, résidus, industries) et a recommandé de s'attaquer aux problèmes propres à chacun de ces secteurs. Par ailleurs, on a réalisé qu'il manquait des données pour élaborer des plans d'assainissement détaillés pour chaque secteur ciblé. La crique Young est venue s'ajouter au plan d'assainissement après les études dont elle a fait l'objet par la suite.

Élimination des boues

Avant que les travaux ne puissent se poursuivre, deux problèmes précis devaient être résolus immédiatement. Il fallait tout d'abord s'attaquer aux boues d'arséniate ferrique - des déchets dangereux produits par l'usine de traitement d'arsenic. L'entreposage sur les lieux ne pouvait être une option à retenir car il n'existait sur place aucun système sécuritaire de confinement des déchets dangereux. Il a alors fallu transporter les boues dans des sites d'enfouissement sécuritaire de déchets dangereux, au Québec et en Ontario.

Scellement des puits miniers.

L'autre important problème avait trait à la sécurité des travailleurs. En effet, des puits de mine abandonnés et autres dangers connexes étaient dispersés sur les 242 hectares du site, mais l'on ne disposait que d'informations succinctes sur leur nombre et leur emplacement exacts. On ne pouvait donc intensifier les travaux d'assainissement environnemental sur une grande partie du site avant d'avoir localisé et scellé les ouvrages miniers.

En 1992, en consultation avec le ministère du Développement du Nord et des Mines, le ministère a entrepris une étude exhaustive des concessions minières locales et des données historiques, afin de localiser et d'identifier les puits de mine en état d'effondrement. À l'aide de travaux d'arpentage et de sondages du sol au moyen d'un géoradar, il a été possible de localiser avec précision les ouvrages souterrains. Et en 1995, tous les puits de mine avaient été situés et, par mesure de sécurité, bouchés au moyen de béton armé, ou remblayés conformément aux directives du ministère du Développement du Nord et des Mines. Le projet a été mené à bonne fin en trois ans, en bénéficiant d'un financement d'Environnement Canada ainsi que du ministère du Développement du Nord et des Mines.


Terminer les travaux d'assainissement 

Le site ayant été rendu sécuritaire pour les travailleurs, le ministère pouvait poursuivre les travaux nécessaires sur le terrain afin de déterminer les meilleures options d'assainissement finales, de confinement et de gestion des contaminants sur les lieux. En avril 1997, le ministère a retenu à cette fin les services d'une firme d'ingénieurs-conseils, et les premiers travaux d'étude sur le terrain ont débuté en juin de cette même année. Les problèmes définis lors de la phase précédente faisaient maintenant l'objet d'une étude plus détaillée. Cette étape a pu être accomplie en juin 1998.

Les experts-conseils du ministère mettent la dernière main aux rapports techniques qui serviront à élaborer la phase finale des travaux d'assainissement.

Dans la phase finale des travaux d'assainissement, des travaux de modernisation seront apportés à l'usine de traitement d'arsenic, et des mesures seront entreprises afin de stabiliser et de sécuriser la zone des résidus de boues rouges. Sur le versant ouest de la rivière, la plupart des installations ayant servi à la fusion et à l'affinage seront démolies. Des installations de gestion des déchets dangereux seront construites sur place afin d'assurer le confinement sécuritaire des matériaux contaminés. La construction devrait prendre entre deux et trois ans et coûter de 20 à 30 millions de dollars.


Préoccupations environnementales hors site 

Le ministère s'est engagé, dans le cadre de l'ensemble des travaux d'assainissement, à déterminer l'étendue des problèmes environnementaux hors site, liés au site minier Deloro, et notamment tout potentiel de contamination de l'ancien village de Deloro ainsi que du bassin hydrographique de la rivière Moira. Des échantillons de sol prélevés à l'extérieur des limites du site minier à la fin de 1997 ont révélé la présence d'arsenic, de cobalt, de nickel, d'argent et d'autres métaux lourds. Fort probablement, cette contamination doit être attribuée aux polluants atmosphériques déposés au cours des quelque cent années d'extraction minière et d'affinage.

Ces premières constatations ont été examinées par le médecin hygiéniste local et, après consultation, le ministère en a conclu qu'il fallait approfondir l'enquête. En 1998, en collaboration avec les bureaux de santé des comtés de Hastings et Prince Edward, ainsi que le ministère de la Santé, le ministère a mis en action une étude environnementale des risques pour la santé, dans l'ancien village de Deloro. L'étude portait sur l'exposition totale aux contaminants (air, sol, eau potable et aliments) afin de déceler toute éventuelle présence de niveaux élevés de contaminants dans la localité. On cherchait également à établir dans quelle mesure, le cas échéant, ces contaminants présentent des risques pour la santé. Le rapport final, publié en juillet 1999, a établi que le village de Deloro ne présentait pas de danger et que la contamination n'avait pas d'influence marquée sur la santé de la population.

En décembre 1998, le ministère a également entrepris une étude exhaustive du réseau hydrographique de la rivière Moira pour déterminer les répercussions de la contamination du site abandonné sur la rivière Moira. Le rapport provisoire, publié pour la consultation publique en août 2000, et le rapport final, rendu public en avril 2001, ont conclu que les contaminants présents dans la rivière n'avaient eu aucun effet néfaste sur la vie aquatique et peu ou pas de répercussions sur la santé de la population.

Le ministère reste en contact et organise des séances de consultation avec les groupes, organismes et particuliers qui pourraient être affectés à cause de leur proximité du site minier Deloro. Trois comités de liaison du projet sont tenus au courant de l'évolution des travaux et fournissent au ministère des commentaires sur les travaux d'assainissement.

À ce stade, les efforts du ministère ont abouti à une réduction considérable des concentrations d'arsenic et des rejets dans la rivière Moira, mais d'autres travaux sont encore nécessaires. La phase finale des travaux d'assainissement visent à circonscrire et à confiner tous les contaminants présents - de l'arsenic à la radioactivité.